Nous ne pûmes retenir une exclamation d'incrédulité.

—Vous voulez une preuve, madame, fit Maurice en se tournant vers Mme Duméril; n'avez-vous pas remarqué, à cette époque, c'est-à-dire trois ans après son mariage, un changement de Lambert à votre égard?…

—Non, balbutia la veuve; si… je sais seulement qu'il me pria de venir voir souvent sa femme, qui était attristée de la mort de l'ami de son père.

—Eh bien! dès lors, il songeait à son veuvage et à son mariage avec vous. Autre preuve, celle-ci plus convaincante encore. Et cette fois, c'est Mme Gérard qui m'arrêtera si je me trompe. N'est-ce pas pour distraire sa femme que, quelques jours après la mort de cet ami, Lambert lui apporta un bouvreuil dans une cage?

—En effet…

—Qu'il plaça lui-même le clou auquel la cage fut suspendue… en dehors de la fenêtre?

—Vous avez raison.

—Eh bien! écoutez ceci: Lambert achetait tous les jours le Petit Journal. Le bouvreuil fut apporté le 16 mai. Or, voici ce qui se trouve dans les faits divers du 16 mai. N'oubliez pas cette circonstance, que les journaux portent la date du lendemain de leur apparition. C'est donc le 15 mai que Lambert lisait ce qui suit: «Hier, un horrible accident est arrivé dans la rue des Jeuneurs. Une jeune fille, habitant une mansarde, en se penchant pour décrocher la cage d'un oiseau, suspendue en dehors de la fenêtre, a perdu l'équilibre et est tombée sur le pavé, d'une hauteur de plus de quinze mètres. La mort a été instantanée.» Le lendemain, Lambert apportait un bouvreuil à sa femme; trois ans après, elle se brisait le crâne en décrochant la cage. Concluez.

Ces coïncidences étaient en effet bien surprenantes.

—Mais, lui dis-je, comment as-tu recueilli tous ces détails?