—Eh! eh! ricana Aloysius, voici que vous aussi, chère amie, vous vous habituez à parler le langage scientifique…
—Mieux, du moins, fit-elle d'un ton de colère, qu'à avaler vos misérables drogues…
—Là! là! ne nous emportons pas, reprit Aloysius, tandis que Truphêmus jugeait inopportun de se mêler à la conversation. Je sais que vous êtes attachée aux mesquines préoccupations de la vie des ignorants…
—Certes, si vous entendez par là les rumpsteaks de boeuf ou les côtelettes de mouton…
Aloysius sourit avec une expression de profonde pitié.
—Vous vous laissez séduire par la couleur, par le goût! Tenez, continua-t-il en soulevant et en approchant de son oeil un des flacons déposés sur la table, voyez cette liqueur pure et claire: elle renferme tous les éléments constitutifs des mammifères herbivores… Rien n'y manque. En quoi vous serait-il plus agréable, je vous le demande, de vous fatiguer les dents à déchirer et à broyer cette chair fibreuse? Mais assez sur ce sujet. Ce que saint Chrysostôme disait du jeûne, je l'applique à notre système: C'est la mort du vice, la vie de la vertu; c'est la paix du corps et l'ornement de la vie; c'est le rempart de la chasteté et le boudoir de la pudeur…
—Bravo! dit Truphêmus. Encore un peu d'azote, je vous prie.
—Prenez garde, cher ami, reprit Aloysius en lui passant le tube; vous arriverez à la pléthore; et alors, gare à la congestion!
—Après nous le déluge!
—Cet—après nous!—ne tardera pas beaucoup! murmura l'incorrigible dame Tibby, en sirotant à petits coups une combinaison d'hydrogène et d'acide carbonique.