R.—Je le jure.
LE PRÉSIDENT.—Messieurs les jurés apprécieront. Nous allons entendre les témoins.
IV
L'interrogatoire avait produit sur l'auditoire une pénible impression; plusieurs fois des murmures s'étaient élevés aux réponses de l'accusé, qui, d'ailleurs, protestait sans énergie contre l'accusation; il semblait n'attacher au drame qu'une importance secondaire et paraissait ressentir pour la victime l'indifférence qu'il s'attachait à montrer pour sa maîtresse. Il n'y avait aucune forfanterie dans la façon dont il s'exprimait. Il répondait avec la précipitation d'un homme à qui il tarde d'échapper à une formalité ennuyeuse.
Pendant la courte suspension d'audience qui suivit l'interrogatoire, je demandai à Maurice ce qu'il pensait de tout cela.
—Oh! oh! me dit-il, vous allez vite en besogne. Ne pensons jamais si promptement. Laissons-nous d'abord entraîner à l'impression du moment.
—J'avoue, interrompis-je, que cette première impression est absolument défavorable à l'accusé…
—Qui vous dit que je ne sois pas de votre avis? Nous avons choisi cette affaire au hasard; sa simplicité peut rendre inutiles toutes recherches de notre part. En tout cas, nous ne perdons pas notre temps. Écoutons et attendons.
L'audition des témoins commença.
TREMPLIER, concierge de la maison, répéta les détails déjà consignés dans l'acte d'accusation; il avait vu Beaujon s'élancer, nu-tête, hors de la maison. Un mouvement irraisonné l'avait porté à l'arrêter au passage. Il n'avait d'ailleurs aucun soupçon. Mais l'attitude de Beaujon lui paraissait extraordinaire.