La description qui avait été faite par Beaujon à l'audience était exacte. C'était une grande pièce, d'anciennes construction et disposition, comme toute la maison, une de ces chambres comme on n'en trouve plus qu'au Marais ou dans le faubourg Saint-Germain. Les murs étaient couverts d'un papier autrefois décoré de fleurs, mais aujourd'hui de couleur si ternie, si fanée, que tout disparaissait sous une même teinte grisâtre. Il était déchiré en plusieurs endroits, notamment au-dessus de la plinthe.

En entrant on avait à sa droite la fenêtre haute et large ouvrant sur la rue; à sa gauche, occupant presque toute la largeur du panneau, un lit, forme dite bateau. De grands rideaux de calicot blanc, bordés d'une bande de jaconas à fleurs jaunes, pendaient d'une flèche fixée au mur et enveloppaient le lit; trop courts cependant pour toucher le parquet, ils s'arrêtaient à mi-hauteur du bateau. À la tête du lit, un de ces meubles, connus de nos pères sous le nom de servantes, faisait office de table de nuit. En face de la porte, une cheminée surmontée d'une glace faite de deux morceaux, encadrée de bois peint en blanc: dans ce cadre, au-dessus du miroir, les restes d'une vieille peinture qui au temps jadis avait eu la prétention de représenter des amours lutinant une nymphe. Auprès de la cheminée un fauteuil en velours d'Utrecht, forme dite bergère; à terre, devant le lit, une descente de lit coupée dans quelque ancienne tapisserie. En face de la cheminée, c'est-à-dire auprès de la porte d'entrée, un bureau en bois noirci.

Maurice avait fait disposer devant la fenêtre une table ronde recouverte d'un drap vert, sorte de bureau autour duquel des fauteuils semblaient attendre un conseil d'administration.

—Je t'ai fait venir le premier, me dit Maurice, afin que tu pusses m'aider dans mes dernières dispositions.

—Qui attends-tu?

—Trois personnes d'abord, qui prendront place avec nous à cette table, puis quelques témoins, et parmi eux, le père de Defodon. C'est à son sujet que je dois te faire quelques recommandations. La propriétaire a mis à ma disposition la chambre d'à côté. C'est là que restera M. Defodon père, jusqu'à ce que j'aie besoin de lui. Tu iras le chercher lorsque je te le dirai.

—C'est bien. Mais quelles sont les trois personnes qui doivent constituer notre tribunal, car je devine que ton intention est de refaire l'instruction et le procès?…

Au même instant, on frappa à la porte. Maurice ouvrit. Je reconnus B…, l'avocat de Beaujon; il était accompagné d'un vieillard.

—Je vous remercie de votre exactitude, dit Maurice en serrant la main de B… et en saluant le vieillard.

Il me présenta à ce dernier, puis m'apprit que c'était le président du jury qui avait condamné Beaujon.