Chez ceux qui se croient les meilleurs, le fond est mauvais, d'abord parce que l'homme est un animal en voie de perfectionnement, mais non point parfait, mais encore et surtout parce que, dès ta naissance, tu as respiré l'air empoisonné des civilisations, que tes yeux à peine ouverts ont vu le mal, que tes oreilles ont entendu l'injustice et que, malgré toi, et sans que, jusqu'ici, on puisse te déclarer tout à fait responsable, tu es pénétré des vices sociaux, jusqu'au fond de tes moelles.

On ne naît pas, on se fait libertaire.

Ne pas croire que soit facile ce travail de régénération personnelle. On ne s'élève pas à la notion de justice par une sorte d'inspiration miraculeuse, par une révélation d'en haut.

C'est par un effort constant, par une critique perpétuelle de soi-même, par un examen toujours plus attentif des faits ambiants que peu à peu on parvient à se débarrasser de la gangue de préjugés et de mensonges formée par l'alluvion des siècles.

Un jour vient alors où soudain jaillit devant les yeux la lueur directrice.

Remarque bien ceci, Camarade, tu ne seras dans la bonne voie que lorsque tu verras ta conscience. Cherche-la, trouve-la, ne te contente pas d'un à peu près et alors même qu'elle te paraîtra pure et juste, aie le courage de l'étudier toujours de plus près; et tu constateras qu'il est encore bien des défauts à corriger, bien des fanges à nettoyer.

Débarrasse-toi de l'égoïsme.

Certes il est bon de se sentir heureux, il est bon de jouir de la vie.

Mais aie toujours présente à la pensée cette vérité que nul ne peut être complètement heureux tant qu'il existe un seul être malheureux.