Il sembla rassembler tout son courage:

—Parce que la nuit… il n'est pas seul!

—Hein? fis-je en bondissant sur mon siège.

—Ah! voilà! Maintenant vous vous demandez si le vieux Jean n'est pas fou, fou à lier. Voyons, croyez-vous de bonne foi que je n'aie pas cherché à me rendre compte. Je suis un homme… et un domestique—il ricana.—Croyez-vous que je n'aie pas espionné mon maître?

—Espionnage très honorable, puisqu'il n'a d'autre but que son intérêt. Mais enfin, pour qu'il ne soit pas… seul, il faudrait que quelqu'un se fût introduit dans le château, et tu m'affirmais…

Mais alors, courbé vers moi, Jean me dit des choses si bizarres que je l'écoutai comme dans un cauchemar, et ces choses étaient telles que je me décidai à ne faire cette nuit-là aucune tentative pour voir Paul.

Il fut convenu que je serais annoncé le lendemain à dix heures.

VIII

Ce fut avec une véritable anxiété que le lendemain j'attendis le vieux Jean pendant que, selon sa promesse, il avertissait son maître de ma présence.

J'avais peu et mal dormi, ce qui se serait suffisamment expliqué par mes préoccupations, si je n'avais été en proie à des sensations d'un ordre tout particulier. Dans le courant de la nuit, j'avais été pris d'une sorte de suffocation, comme si tout à coup l'air me manquait ou plutôt changeait de nature et ne convenait plus au jeu de mes poumons.