Il se passait autour de moi quelque chose d'incompréhensible, d'invisible aussi.—Oserai-je dire toute ma pensée?—C'était comme une impression d'autre monde, un glissement sur un plan qui n'était plus d'ordre vivant. Je n'avais ni l'énergie ni même le désir de résister, me complaisant en cet écoeurement qui confinait à la syncope, avec une ineffable jouissance d'abandon.
Pourtant, le raisonnement aidant, je me demandai s'il n'y avait pas dans ma chambre quelque bottelée de fleurs qui m'entêtaient. Je cherchai et ne trouvai rien: enfin, je tombai dans une prostration qui ne laissa plus subsister en mon cerveau que des cauchemars vagues où des vapeurs diluées, à formes nuageuses, ébauches d'êtres, m'enveloppaient.
Par bonheur, le jour avait dissipé ces angoisses.
—Victoire! fit Jean en entrant chez moi, la chose a mille fois mieux marché que je ne l'espérais. M. Paul vous attend.
—C'est au mieux. Un seul mot, mon brave. Comment va-t-il ce matin?
—Il est comme toujours: souriant, heureux. Si ce n'était cette maudite pâleur!… On dirait qu'il n'a plus une seule goutte de sang dans les veines.
—Nous verrons cela. Confiance, mon bon Jean, conduis-moi.
—Vous n'avez pas loin à aller, car vous occupez la chambre juste au-dessus de son cabinet. Quelques marches à descendre, et c'est tout.
Allons. J'eus un dernier embarras, me demandant quelle physionomie je devais prendre, mais je n'avais pas le temps de raisonner: une porte s'était ouverte, et Paul s'avançait vers moi, les mains tendues.
Très pâle en effet, comme exsangue; cependant l'apparence générale n'était pas inquiétante. L'homme était vigoureux, je m'en convainquis à la forte étreinte de ses doigts.