Quand je me tus, il haussa légèrement les épaules:

—Alors toi aussi, fit-il simplement, tu crois que Virginie est morte?

Je tressautai sur mon siège, tandis qu'une sueur froide montait à mes tempes. L'évidence s'imposait. La folie! Le malheureux avait perdu la raison… Ainsi tout s'éclairait d'une lueur sinistre! Ah! comme j'avais été injuste!

Le coup avait été si violent que, ne pouvant me maîtriser instantanément, je balbutiai:

—Mais oui… je croyais… on m'avait dit!…

—Aussi ne te fais-je pas un crime de ta sortie un peu vive. Si les gens qui t'ont renseigné avaient dit vrai, je serais un grand coupable, et je mériterais les reproches que ton amitié a trop atténués. Virginie morte!… A cette seule pensée, regarde… mes yeux se remplissent de larmes.

—Alors… on m'a trompé, Virginie est vivante!… Je t'en prie, Paul, ne te joue pas de moi!… Je t'aime vraiment, sincèrement; ta joie ou ta douleur sont miennes… Au fait, la chose est possible! Mais comment expliquer que ces gens m'aient affirmé…? Ils disent avoir assisté à la cérémonie funèbre, avoir suivi la pauvre enfant jusqu'au cimetière, et, à moins de supposer qu'ils aient été tous victimes d'une hallucination, je ne pouvais douter…

Comme j'élevais la voix, Paul d'un geste me ramena au calme.

—Ils ne sont pas fous, non plus malveillants. Ils parlent d'après les apparences, leur bonne foi ne fait pas question. Ce qu'ils t'ont dit de l'enterrement, du cimetière, est parfaitement exact.

Je passai mes mains sur mon front. Décidément je m'égarais en plein cauchemar. J'avais besoin de rentrer dans la réalité, dans la logique.