Pris d'un intérêt dont je n'étais pas maître de me défendre, dominé aussi, je puis bien l'avouer, par l'autorité de son geste et de sa voix, je concentrai toute mon attention visuelle sur le flacon qu'il me montrait.

Il était de cristal très pur, avec, autour du col quelques tailles délicates en formes d'olives allongées. La panse même du flacon était d'une jolie rondeur, et vers le fond d'autres olivettes s'étiraient vers la base.

La liqueur, toute d'or, vibrait autour d'un point ensoleillé presque éblouissant.

Tout cela, je le vis en une seconde, en une acuité d'attention détailleuse que je ne m'étais jamais connue.

—Ferme les yeux maintenant, me dit-il du même ton brusque auquel j'obtempérai immédiatement.

—Encore une fois, regarde, en toi… le flacon, ne le vois-tu pas?

—Je le vois, m'écriai-je.

Pendant un temps que je ne puis apprécier, je vis, aussi nettement que si j'avais eu les yeux ouverts, le flacon, les stries du cristal, les étincellements de la liqueur. J'eus la volonté de retenir cette image, cette photographie intérieure. Mais tout s'effaça.

—Bah! fis-je en rouvrant les yeux, c'est le phénomène bien connu de la mémoire visuelle.

Il eut un geste d'impatience et s'écria: