Il y avait encore un danger, c'était de hasarder un faux mouvement qui agît sur quelqu'un des ressorts de la machinerie et déchaînât encore quelque décharge. Car Sir Athel qui, avant le 1er avril, ne songeait pas encore à utiliser son avion, s'en servait volontairement pour emmagasiner les parties de vrilium qu'il obtenait dans son laboratoire.
Avec d'infinies précautions, il tira de la poche de son gilet le menu porte-crayon qui lui avait servi naguère à dissocier l'encrier de marbre. Il le palpa, fit jouer délicatement une virole, destinée à modifier les effets à obtenir, puis poussa un ressort. Il y eut un léger déclic et une languette de feu jaillit, assez semblable à la flamme de l'acétylène.
Une clarté éblouissante envahit la cabine disposée comme celle d'un poste téléphonique; et sur toutes les parois, étaient installées des petites caisses, munies de poignées ou de boutons, le tout formant, pourrait-on dire, une sorte de clavier dont les touches agissaient sur les diverses parties du mécanisme. Un faisceau de fils reliait ce système à une sphère, de très petite dimension, fixée sur une tige métallique qui traversait la cabine de haut en bas, et qui, nous le savons déjà, commandait les deux hélices, aux deux extrémités verticales de l'appareil.
Au premier coup d'œil, Sir Athel comprit ce qui s'était passé. Dans le choc brutal qu'avait produit sa chute, un des ressorts de l'intérieur s'était déclanché, et le moteur se mettant en marche avec une rapidité énorme avait fait agir l'arbre des hélices.
A son extrémité supérieure, l'hélice qui avait été brisée n'existait plus; mais, à la partie inférieure, elle subsistait dans son entier, et tournant avec une vélocité vertigineuse, elle s'était enfoncée dans le sol friable, faisant en quelque sorte office de tire-bouchon—ou mieux de vis d'Archimède. Et elle avait creusé un puits dans lequel l'appareil tout entier était descendu, comme dans une gaine où il s'était frayé sa voie, ralenti cependant par le frottement.
Ce qui expliquait comment la descente, au lieu de présenter le caractère d'une chute dans laquelle tout se fût fracassé, avait pris celui d'un glissement.
Mais pourquoi l'arrêt?
Ayant allumé une lampe attachée à la paroi, Athel, libre de ses mouvements et complètement maître de lui-même, chercha. La charge de vrilium qui actionnait le moteur et les diverses parties du mécanisme était presque épuisée, et pourtant suffisante encore pour produire de très réels effets. Il était évident qu'un obstacle puissant s'était opposé à la continuation du mouvement, et bientôt Athel en reconnut la cause.
Après avoir perforé les diverses couches de terre, de sable, de pierres désagrégées qui ne lui avaient opposé qu'une résistance relative, l'hélice inférieure s'était trouvée subitement arrêtée. L'énorme foret dont elle était garnie à son centre s'était engagé dans une matière dont la dureté était telle qu'il n'avait pu la percer; son mouvement de rotation s'était arrêté et l'appareil se trouvait, par le fait même, immobilisé par l'obstacle.
Cependant Athel savait qu'à la force du vrilium pas une substance connue ne pouvait résister: cet arrêt devait donc provenir d'une cause spéciale qu'il ne tarda pas à découvrir. Par un accident dû à la rupture d'un des ressorts métalliques, la communication se trouvait interrompue entre l'arbre de couche et le moteur, ce qui était facile à réparer.