Sir Athel désigna un siège à l'arrivant, s'assit lui-même.

Ce jeune Anglais—qu'on était bien près de taxer de folie—était un beau garçon de vingt-cinq ans à peu près.

Sous un front élevé et bombé, des yeux—légèrement enfoncés dans les orbites—brûlaient d'intelligence et peut-être aussi d'une fièvre interne, combattue par la volonté. La bouche était ferme, charnue, vigoureuse.

L'ensemble dénonçait une nature énergique et courageuse.

Le nouveau venu était de forte carrure, le visage assez maigre barré d'une moustache dont les pointes s'effilaient cosmétiquement, cinquante ans, les cheveux grisonnants taillés en brosse.

La mise était correcte, le chapeau—qu'il avait retiré—se trouvait à l'arrivée un peu trop penché sur le côté; la main, solide et velue, tenait une canne qui pour un peu aurait concouru victorieusement pour le diplôme de gourdin.

Comme Sir Athel le considérait un instant avant de lui adresser la parole, l'autre—qui n'était pas M. Bobby—tira de sa poche un carnet, de ce carnet une carte de visite qu'il présenta. Sir Athel la prit et lut:

—Arthur de Labergère—avec dans le coin, en bas à gauche, un mot raturé au-dessus duquel on lisait, écrite à la plume, cette annotation:—Le Nouvelliste—Paris.

Sir Athel ne broncha pas. Labergère dit alors:

—Monsieur, je suis journaliste. Chef du reportage au Nouvelliste de Paris, naguère attaché au Reporter que j'ai quitté à la suite de péripéties qui ne vous intéresseraient nullement et je viens vous prier, de m'accorder quelques minutes d'entretien....