«Il est évident que ce sont là des effets de nature électrique et que nous nous trouvons en présence d'un appareil inconnu, dégageant des effluves dont l'effet rappelle celui des piles les plus puissantes.
«Nous nous étions, d'ailleurs, trop hâtés d'objurguer l'administration en lui reprochant son incurie.
«Dès ce matin, à la première heure, M. Lépine—qui ne ménage jamais son activité ni sa fatigue—s'est rendu accompagné de M. Loustalot, chef du laboratoire municipal, et de ses préparateurs, au terrain de la rue des Carrières-d'Amérique.
«Déjà une foule considérable obstruait les rues voisines de l'endroit désigné et il fallut établir un important service d'ordre pour la contenir.
«Un bruit courait que l'engin en question—qui a une capacité approximative de deux mètres cubes (la partie enfoncée dans le sol ne permettant pas un calcul plus exact)—était peut-être rempli de matières explosives et qu'il pouvait éclater au moment où on s'y attendrait le moins, et faire sauter tout le quartier.
«Déjà, les locataires quittaient leurs maisons en emportant leurs meubles, tristes épaves, d'ailleurs, car ce quartier est un des plus pauvres de Paris.
«Quand les sergents de ville parvinrent à frayer à notre courageux préfet un passage à travers la foule, tous se découvrirent respectueusement.
«M. Lépine, en chapeau melon et en veston, gardait, comme d'ordinaire, une physionomie très calme, avec à la lèvre un sourire quelque peu sceptique. Il en a vu bien d'autres.
«Son calme courage était déjà rassurant pour les groupes de curieux, et on eut toutes les peines du monde à les empêcher de se précipiter, à travers l'issue pratiquée dans la palissade. Il fallut que par quelques-unes de ces paroles énergiques dont il a le secret, notre préfet empêchât une véritable invasion.
«Et, flanqués d'une douzaine de sergents de ville, M. Lépine, M. Loustalot et les attachés au laboratoire municipal restèrent seuls dans le vaste enclos.