Certes, les terrasses des cafés étaient pleines; mais il n'y régnait pas cette insouciance de bon aloi qui fait si légère et si douce l'atmosphère de notre pays. Les causeurs se taisaient soudain, comme s'ils avaient entendu—là-bas, on ne sait où—quelque rumeur menaçante. C'était autre chose qu'aux jours du siège de Paris. Le caractère mystérieux, inexplicable de l'événement réveillait au fond des âmes une sorte de mysticisme apeuré. Il subsiste en chacun de nous un sentiment de défiance contre le surnaturel.

Le Reporter parut le premier, vers six heures du soir. Il était prolixe en détails sur les incidents qui avaient marqué, dans la journée, le travail lent, mais inarrêté, qui semblait s'opérer dans l'appareil mystérieux et aussi dans le terrain où il s'enfouissait.

Bien entendu, la fameuse commission était vitupérée à souhait. Nos savants étaient habillés, comme on dit, de papier à six liards, et ces critiques virulentes n'étaient pas faites pour rassurer le public. Les Parisiens avaient supporté beaucoup plus gaillardement le passage de la comète de Halley qui, finalement, ne leur avait donné que le spectacle d'une magnifique aurore boréale.

Ici le danger semblait plus proche, plus tangible, en quelque sorte.

Chacun donnait son idée, toujours impraticable, sur les moyens d'en finir. Il fallait amener du canon et pulvériser l'appareil, ou bien apporter des tonnes de matériaux pour l'ensevelir.

Soit. Mais qui pouvait affirmer que le choc d'un obus, que l'écrasement sous des pierres ou du sable, n'amènerait pas une explosion épouvantable?

Le Reporter n'eut aucun succès, et même comme il avait affecté, à la fin de son article, de prendra un ton de plaisanterie goguenarde, il y eut dans la foule un mouvement d'irritation qui se manifesta par les pires violences contre le papier innocent, dont on fit un autodafé au carrefour Montmartre.

Comme le Nouvelliste était un peu en retard, des groupes compacts stationnaient devant la maison, toute peinte en vert cru, que le journal a élevé au coin de la rue Drouot.

C'étaient des cris, de véritables vociférations. On ne sait quels caprices peuvent secouer les foules; déjà, des enragés se jetaient sur les cadres de verre où, d'ordinaire, s'affichait le journal, et les brisaient à coups de canne.

«On levait les poings vers l'énorme transparent qui, à la hauteur du deuxième étage, servait d'ordinaire à afficher les nouvelles sensationnelles, et qui restait immaculé.