Je restais là, abattu, vaincu, attendant avec découragement une inspiration qui ne pouvait me venir.

La mère me contemplait, silencieuse, devinant sans doute les pensées poignantes que trahissait mon visage. Je ne savais pas encore cacher mon impuissance sous une phraséologie banale et consolatrice. Je ne m'en fais pas un mérite, le médecin devant agir sur le cerveau comme sur les autres organes.

A ce moment nous entendîmes un bruit de pas dans la première pièce.

—C'est M. Vincent, dit la mère.

La porte s'entr'ouvrit doucement; mais au même instant, je vis le corps de la jeune fille se soulever, sa tête se tourner, ses mains se tendre du côté où ce bruit—presque imperceptible—s'était produit.

Je soutins l'enfant et, à ma grande surprise, je sentis un effort suprême dans ce pauvre corps, comme si elle voulait s'échapper de mes bras: la porte s'était refermée, et la jeune fille retomba, morte!…

Je poussai un cri, à la fois surpris et désespéré. Cette mort si rapide, sans agonie—cette extinction subite de la flamme vitale—me stupéfiait et j'éprouvais une sorte de colère contre mon inintelligence. Car, en vérité, je ne comprenais rien à ce qui venait de se passer sous mes yeux; il me semblait que j'étais en proie à un cauchemar.

La mère, avec une clameur navrée, s'était jetée sur le pauvre corps immobile. Je m'écartai du lit et machinalement, comme embarrassé de l'inutilité de ma présence, j'ouvris la porte et je pénétrai dans la première pièce.

Ce fut alors que je vis pour la première fois M. Vincent.

Vêtu de couleurs claires, il portait un habit gris, presque blanc. Il était de taille moyenne, assez replet; mais ce qui me frappa tout d'abord, c'est qu'il me fut impossible de lui attribuer un âge positif. Les cheveux étaient blancs, court frisés et formant trois pointes bien dessinées sur son front et sur ses tempes. Mais le visage était si frais, si rosé, les yeux étaient éclairés d'une lueur si vive qu'en vérité je me demandais si j'avais en face de moi un vieillard ou un jeune homme, qui, par une prédisposition moins rare qu'on ne le croit généralement et tenant au tissu pigmentaire, aurait eu dès l'adolescence les cheveux décolorés.