—Une bougie! demandai-je vivement.

Et je me penchai sur ce lit, examinant avec une attention profonde ce pauvre être que la mort avait déjà frappé de son doigt, en signe d'irrévocable appel. C'était l'anémie à son dernier période.

Mais quelle lésion pouvait avoir déterminé cet état?

La mère, interrogée, me répéta, avec plus de détails, que sa fille s'était toujours bien portée, qu'elle était—six mois auparavant—d'une santé parfaite, que tout le monde admirait cette fleur vivace et saine en qui se devinait déjà la jeune fille.

—Et il n'y a pas à dire, continuait la pauvre femme en pleurant, qu'il y ait eu le moindre changement dans notre vie. Il y a trois ans que nous demeurons ici. L'appartement est aéré, donne sur des jardins. Je n'envoie pas Pauline à l'école; c'est notre voisin, M. Vincent, qui lui donne des leçons, et il est trop raisonnable pour l'avoir poussée trop vite.

En vérité, j'avais presque peur de toucher cette frêle créature dont l'épuisement si subit m'épouvantait en me paraissant inexplicable. Cependant je ne pouvais me convaincre qu'il n'existait aucun moyen de la sauver. Aidé de sa mère, j'auscultai l'enfant avec un soin minutieux, et je constatai—avec une véritable stupeur—qu'elle était admirablement conformée; le coeur était intact et je n'y percevais point le souffle caractéristique de l'anémie, non plus que dans les vaisseaux du cou.

Les poumons étaient intacts et bien développés. Sous cette maigreur d'étisie, la charpente vitale était exceptionnelle. Aucun symptôme de lymphatisme.

La mère n'était point pauvre: avec une petite pension qui lui venait de son mari, ancien garde de Paris, elle possédait une rente de deux mille francs. De plus, le vieillard dont elle m'avait parlé, M. Vincent, prenait pension chez elle et payait largement.

Par malheur, la jeune fille n'avait suivi aucun traitement régulier, avec un entêtement qui provient d'une défiance irraisonnée, la mère n'avait jamais appelé le médecin, se contentant de remèdes anodins, eau ferrée—des clous dans une carafe—que sais-je?

Et maintenant j'étais contraint de m'avouer à moi-même que tous mes efforts, pour ranimer cet organisme si étrangement épuisé, n'aboutiraient même pas à une prolongation d'existence, fût-ce de quelques jours.