—Elle se meurt, monsieur! C'est une fille et qui, il y a six mois, était si fraîche, si forte, si belle!…

—Quel âge?

—Dix ans. Voilà, monsieur, je suis veuve… je vis seule avec ma fille.
Nous ne fréquentons personne, à l'exception de M. Vincent…

—M. Vincent?

La pauvre femme crut-elle découvrir dans mon accent—et bien à tort certes—une intention soupçonneuse? Car elle ajouta vivement:

—Oh! un vieillard, monsieur, soixante… peut-être soixante-dix ans… mais si bon et qui aime tant ma Pauline!…

Nous avions atteint la maison. Nous montâmes au deuxième étage et nous entrâmes. Le logis était propre, bien tenu. Un ordre parfait y régnait. De la salle à manger, qui servait de pièce d'entrée, nous pénétrâmes dans la chambre à coucher, et là, du premier coup d'oeil, je vis, étendue dans un petit lit auprès de celui de sa mère, celle qu'elle avait appelée Pauline.

Il est singulier que la maladie et la mort, contemplés à l'hôpital, pendant la période d'internat, ne nous causent point le centième de l'effet que nous ressentons au chevet de nos premiers malades.

Mon coeur s'était subitement contracté et je m'étais senti pâlir.

La pauvre enfant était blanche, si blanche qu'elle semblait n'avoir plus une seule goutte de sang dans les veines: sous les paupières, aux bords bleuis, le globe de l'oeil apparaissait terne, grisâtre, et les mains s'étendaient, longues et maigres, sur les draps d'où leur pâleur ressortait encore.