Et pourtant je me souvenais fort bien que la mère de la morte m'avait parlé de M. Vincent comme d'un septuagénaire.
Il était debout auprès de la fenêtre, attristé, mais pas autant—me sembla-t-il—que je l'aurais voulu trouver. Il s'inclina poliment et m'interrogea du regard:
—Elle est morte, lui dis-je.
Une subite contraction bouleversa son visage, et dans ce mouvement réflexe, je vis tous ses traits se plisser, montrant les mille rayures qui sont l'indice sûr de la vieillesse. Cette apparence de fraîcheur était toute superficielle. Du reste, sans doute par l'afflux du sang au coeur, provoqué par l'émotion, son teint avait pris subitement une teinte jaunâtre, parchemineuse; les joues s'étaient creusées sous les pommettes saillantes. En une seconde, un masque de mort s'était plaqué sur cette figure.
Et sans dire un mot, saisissant son chapeau avec un emportement fiévreux, M. Vincent, comme pris d'une peur dont il n'était pas le maître, courut à la porte extérieure, l'ouvrit et—je puis dire—s'enfuit avec une rapidité vertigineuse.
Je pensai que cet abandon d'un ami à l'heure suprême serait un nouveau sujet de désespoir pour la pauvre mère, et je me disposais à revenir auprès d'elle, en dépit de la fausseté de ma situation, quand j'entendis frapper à la porte.
Croyant que M. Vincent, pris de remords, s'était décidé à remonter, j'ouvris promptement. C'étaient deux voisines qui venaient prendre des nouvelles de la jeune fille.
Quand elles eurent appris la catastrophe, elles hochèrent la tête.
—Ça devait finir comme ça, dit l'une.
—Que voulez-vous dire? demandai-je vivement.