—Hé! mais, s'écria un de nos voisins, c'est le vieux Thévenin! Il n'est donc pas mort?

—En effet, reprit Gaston, qui l'avait regardé plus attentivement; je ne l'avais pas reconnu tout d'abord…

—Mais qui est M. Thévenin? demandai-je impatiemment.

Sans me répondre directement, Gaston continua, comme se parlant à lui-même:

—Je l'ai rencontré il y a quelques mois à peine, il était alerte et rajeuni…

—Puisque moi-même, il y a une heure, j'ai cru, en le voyant, me trouver en face d'un homme encore jeune… Il se peut, après tout, que le chagrin ait produit cette métamorphose…

—Viens, me dit Gaston, en me touchant légèrement l'épaule; je te dirai ce que je sais de lui…

M. Vincent—je continuerai à lui donner ce nom, qui lui appartenait réellement: il s'appelait Vincent Thévenin—avait franchi la zone de lumière dont nous occupions le centre.

Je me levai avec empressement et suivis mon camarade.

En un instant, nous eûmes retrouvé la piste du vieillard, qui remontait le boulevard, se perdant à travers la foule rieuse et gaie qui jouissait de cette soirée d'été plantureuse et vivifiante.