Son dos étroit semblait appartenir à une personnage macabre.
—Parle, dis-je à mon camarade; hâte-toi de me dire ce que tu sais de ce personnage qui m'intéresse, m'inquiète et m'irrite tout à la fois.
—Suivons-le d'abord, reprit Gaston; je connais son passé, il me plairait de connaître quelque chose du présent.
Je dus commander à mon impatience et, réglant notre pas sur celui de M.
Thévenin, nous nous arrangeâmes de façon à ne le pas perdre de vue.
Je remarquai alors que devant chaque café il s'arrêtait, restant sur le seuil et fouillant du regard, cherchant sans doute quelqu'un… ou peut-être quelqu'une, ajouta Gaston en riant. En effet, il se portait de préférence devant les établissements fréquentés par les jeunes femmes du quartier.
—C'est une simple plaisanterie, du reste, ajouta Gaston; car, outre que
Thévenin a toujours été fort chaste, il doit être plus que centenaire…
—Centenaire!
—J'ai trente-cinq ans, reprit mon interlocuteur, et, quand j'en avais quinze, celui qui me raconta l'histoire de Thévenin m'affirma qu'il vivait déjà en 1789.
Cependant le vieillard avait repris—non sa course—mais son glissement silencieux qui lui donnait un caractère quasi-fantastique.
A mesure qu'il marchait, il semblait qu'il se courbât davantage sous un poids devenu plus lourd: son apparence falote s'accentuait. En vérité, nous en venions à craindre qu'il ne s'affinât au point de s'évanouir dans l'air et de disparaître tout à fait.