Arrivé à l'extrémité du boulevard, il s'arrêta, comme hésitant sur la direction qu'il devait suivre: mais l'heure passait, les promeneurs devenaient rares. Étant tout près de lui, presque à le toucher, nous le vîmes esquisser un geste qui tenait à la fois de la colère et du découragement; et il s'engagea dans une rue transversale.

Nous ne perdîmes pas sa trace et bientôt nous le vîmes traverser la rue et marcher droit à une porte cochère, devant laquelle une grosse femme—évidemment une concierge—humait les fraîcheurs de la soirée, tenant sur les genoux un garçon de six à sept ans, solide et gras.

A peine le gars eût-il aperçu Thévenin qu'il sauta en bas du giron de sa mère et courut à lui à grandes enjambées. Il heurta même si fort le vieillard que nous craignîmes un instant qu'il ne le renversât. Mais au contraire, avec une force qui nous étonna, Thévenin le saisit dans ses bras, l'enleva de terre et l'embrassa longuement:

—Pauvre homme, murmurai-je attendri, il pense à la petite morte.

Cependant la grosse femme rappelait son garçon, l'objurgant en criant:

—Veux-tu bien laisser monsieur… petit gredin!… Je vous demande pardon, monsieur Vincent…

Il répondait doucement, tapotant les joues du petit qui était revenu se coller contre lui.

—Ah! je sais bien que vous êtes le papa Gâteau de tous les enfants! continuait la femme, et, du plus loin qu'ils vous aperçoivent, ils courent à vous…

Cependant M. Vincent n'entrait pas, quoique la concierge se fût écartée pour lui livrer passage.

Il paraissait hésiter; puis il lui dit timidement: