—Misérable! cria de Belen.

—Les injures n'ont jamais en rien avancé les affaires... Je reprends mon raisonnement.... Supposez seulement que moi, baron très-authentique de Silvereal, n'ayant en somme dans mon passé aucune tache prouvée... car l'histoire du Cambodge est restée parfaitement secrète... supposons, dis-je, que je me présente chez M. le procureur du roi, et que, lui dévoilant certain nom que vous me paraissez avoir complétement oublié, je l'invite à consulter, au sujet du prétendu M. de Belen... du duc de Belen.... MM. les attachés à la légation du Portugal, ne se pourrait-il pas d'aventure que les troisièmes personnages ci-dessus mentionnés, à savoir: MM. les gendarmes, ne vinssent jouer dans le drame actuel un rôle que vous n'auriez pas suffisamment prévu?...

—Monsieur de Silvereal, fit de Belen, qui grinçait des dents, voilà des insolences qui vous coûteront cher.

—Chacun son tour, mon cher! Comment! je viens à vous en ami et je vous dis franchement: Je suis ruiné, à jamais perdu, si vous ne me prêtez cinquante mille francs.... Avec cette somme, qui est pour vous une bagatelle... car je reconnais que vous avez su mieux que moi faire fructifier vos capitaux... je rétablis une situation désespérée.... Voilà ce que je vous explique nettement, franchement, et à cela vous répondez par des injures, par des menaces...

—Je n'ai pas d'argent!

—Bah! dites cela à d'autres, mon cher duc, mais pas à moi. Je connais par A plus B le chiffre de votre fortune, et vous pouvez me remettre ces cinquante mille francs aussi facilement que moi je jetterais à la rue un écu de six livres.

M. de Belen gardait maintenant le silence.

—Et de fait, si vous avez quelque reproche à m'adresser, êtes-vous donc vous-même à l'abri de tout blâme? Oui, j'ai le cœur jeune et le cerveau brûlant... Que voulez-vous, on ne se refait pas! Mais vous-même, ne comprenez-vous pas l'amour? Et votre passion pour mademoiselle de Favereye?...

—Ah! voilà où je vous attendais! s'écria M. de Belen avec fureur. Oui, j'aime Lucie; oui, je veux qu'elle soit ma femme; et pour cela, j'ai réclamé de vous le concours de celui qui se prétend mon ami, de vous, M. de Silvereal. Eh bien! à quoi êtes-vous parvenu? Comment!... Lucie est la nièce de votre femme, à laquelle elle est confiée par sa mère, madame de Favereye, cette folle que l'on croirait en vérité occupée à des œuvres de magie, tant son existence est mystérieuse et retirée. Donc, par votre femme, vous êtes pour ainsi dire maître des destinées de Lucie, et vous pourriez imposer votre volonté. Mais, en vérité, il me semble que vous tremblez devant madame de Silvereal...

—Cependant c'est par mon ordre que, ce soir même, elle est venue ici avec Lucie.