—Par votre ordre!... Eh bien! je vous fais un pari: si madame de Silvereal a consenti à vous obéir, c'est parce qu'un intérêt pressant, personnel, l'engageait à se rendre à ce bal.

—Que voulez-vous dire?

—Parbleu! pour un conspirateur, vous me semblez bien peu clairvoyant.... N'avez-vous pas remarqué que ce M. Armand de Bernaye—encore un ennemi que je devine—ne l'a point quittée des yeux pendant toute la soirée, et qu'ils sont restés ensemble près d'une heure?

—Oh! si je le croyais!...

—Seriez-vous jaloux? Bah! la chose serait risible!... Mais, croyez-moi, mon cher baron, madame de Silvereal est plus fine que vous, et quand vous croyez qu'elle obéit, elle ne suit que sa propre volonté.

La physionomie de M. de Silvereal s'était tout à coup assombrie.

—Oh! cette femme! murmura-t-il avec un accent de rage mal contenue.

—Elle vous hait et vous la haïssez. Voilà justement où le bât me blesse.... Vous n'avez aucune influence sur elle; et de fait, l'amant en titre de madame de Torrès ne peut guère faire figure au foyer de famille avec l'autorité nécessaire...

—Taisez-vous, de grâce...

—Non, non. Nous réglons nos comptes, vous dis-je, et nous sommes ici pour entendre nos vérités. Vous n'avez reculé devant aucun scandale, et, dans l'ardeur amoureuse de nos vieux ans, style noble, vous vous conduisez comme un gamin. Jugez alors de l'importance que madame de Silvereal peut attacher à votre avis, dans cette importante question du choix d'un mari pour sa nièce! Au contraire, me voyant lié d'amitié avec vous qu'elle méprise, la baronne se défie de moi et me méprise aussi quelque peu. Voilà la vérité, et voilà ce que vous appelez me prêter votre concours. Pardieu! je ferais mieux de m'en passer...