—C'est vrai, murmura Martial.

—Avez-vous, d'ailleurs, le droit de mourir? Vous avez à peine dépassé vingt ans, vous êtes une force, une énergie, une volonté. Avez-vous le droit d'anéantir tout cela?

—J'étais malheureux! fit Martial, dont la poitrine se gonflait.

—Êtes-vous certain que vous fussiez inutile à tous comme à vous-même? Vous renonciez à l'action... pourquoi? par égoïsme; parce que dans la vie vous ne voyiez pas d'autre but que vous-même, que la satisfaction de vos propres désirs, de vos propres passions...

—Ne m'accablez pas!

—Déjà vous nous comprenez, et, descendant au plus profond de vous-même, vous vous dites que vous avez obéi à un sentiment de faiblesse, que vous résumiez toute votre vie dans vos aspirations personnelles... sans regarder autour de vous, sans vous demander si cet abandon de vous-même n'était pas un vol fait à la grande cause de l'humanité.

—Que voulez-vous dire? s'écria Martial.

—Tout homme, continua la voix chaude d'Armand, est un soldat de l'humanité... Il doit sa tâche, son service, sa conscription.... Mourir, se tuer, c'est déserter... La nature vous a assigné un poste, des devoirs à accomplir, et ce poste, vous n'avez pas le droit de l'abandonner....

Frémissant, Martial avait fait un pas en avant.

—Parlez! parlez encore! fit-il.