»Jamais je n'oublierai une scène navrante qui un jour eut lieu entre ces deux êtres que je chérissais et que je respectais plus que tout au monde!
»Ma mère reçut un jour un colis venant de l'extrême Orient. C'était une caisse couverte de signes bizarres. Mon père la fit transporter dans la salle commune, la porte de son cabinet étant trop étroite pour qu'elle pût y être introduite.
»Une curiosité bien naturelle nous attirait, et je demandai à mon père la permission d'assister à l'ouverture de la boîte fantastique...
»Il y consentit en souriant.
»Au moment où il introduisait le ciseau sous les planches, il releva la tête et regardant ma mère:
»—Cette fois, dit-il, tu ne m'accuseras pas de faire de folles dépenses.... Car ceci—et il frappa sur le couvercle—c'est un trésor que pas une fortune connue ne pourrait payer.
»Ma mère pâlit légèrement et ne répondit point.
»—Hâtez-vous, mon père! m'écriai-je avec toute l'insouciance de la jeunesse, il me tarde de voir ce trésor...
»Pour tout dire, je m'attendais à un ruissellement de diamants et de pierreries, comme en offrent à notre imagination les contes orientaux.
»Le bois gémit sous l'effort. Les clous sortirent de leur gaîne. Une odeur balsamique, exquise, s'échappa de la boîte, dans laquelle se trouvait un second coffre sculpté avec une habileté surprenante et fait d'un bois d'un brun rougeâtre, dont la provenance m'était inconnue.