»—Et où allez vous?
»—Loin, très-loin, dans un pays dont le nom même t'est probablement inconnu... en Chine... au Cambodge...
»C'était pour moi, je dois le reconnaître, comme s'il eût parlé une langue ignorée.
»—Dans quelques jours, j'attends un étranger: c'est avec lui que je partirai. J'ai d'abord d'importantes occupations qui me retiendront pendant quelque temps à Paris, puis je m'embarquerai. Voilà ce que j'avais à te dire. Prépare doucement ta mère à cette séparation... nécessaire. Je puis compter sur toi, n'est-ce pas, mon cher enfant?
»Je ne lui répondis que par mes larmes; et cependant le respect qu'il m'inspirait était tel, que je ne songeai même pas à combattre sa résolution. Au contraire, j'éprouvais un certain sentiment de fierté à assumer le rôle de consolateur qu'il me confiait.
»Hélas! je ne supposais pas alors que de ce jour dût commencer pour nous une série de désastres et de douleurs qui devaient conduire ma mère au tombeau et moi-même au suicide.
»Lorsque j'annonçai à la pauvre femme la résolution que m'avait fait connaître mon père, elle eut un élan de désespoir.
»Elle courut à son cabinet et resta longtemps enfermée avec lui. Que lui dit-elle? Quelles explications put-elle obtenir? C'est ce que je ne pouvais deviner.
»Mais lorsque ma mère revint auprès de moi, ses yeux étaient gros de larmes, et, suffoquée par les sanglots, elle fut pendant quelque temps sans pouvoir parler.
»Enfin, parvenant, grâce à mes caresses, à reprendre son sang-froid, elle me dit: