»Tel je me figurais les personnages mystérieux des temples bouddhiques.
»C'était un vieillard, à en juger par les rides multiples qui se croisaient sur son visage, et qui se confondaient de curieuse façon avec des lignes rouges, bleues et noires, tatouées dans l'épiderme. Le nez, large, s'écrasait sur des lèvres sans couleur, qui, s'ouvrant, laissaient voir des dents d'un brun noir.
»Ses épaules et sa poitrine étaient couvertes d'une sorte de tunique bizarrement rayée, et serrée à la taille par une large ceinture tissée—du moins je le crois—de fils d'or pur; et sur cette ceinture étincelait une tresse noire, constellée de pierres semblables aux plus purs diamants.
»La tunique tombait jusqu'aux pieds nus, et protégés seulement par une large semelle, avançant en pointe au devant des doigts.
»Des manches larges sortaient deux bras maigres, qu'un bracelet d'or, large de deux pouces, serrait au-dessus du coude.
»Mais ce qui mit le comble à ma surprise, c'est que le personnage fantastique, après avoir échangé avec mon père quelques mots, d'ailleurs parfaitement incompréhensibles pour moi, se prosterna devant ma mère, et d'une voix gutturale et sonore à la fois (on eût dit l'écho d'un instrument de cuivre) prononça ces paroles, dans le français le plus pur:
»—Le Roi du Feu salue la compagne du roi de la Science!
»Puis se relevant, il se tourna vers moi et ajouta:
»—Enfant! aime ton père, aime ta mère, et tu seras digne d'être homme!
»Un instant après, mon père et l'étranger s'étaient enfermés dans le cabinet de travail.