»Elle me fit peur. Il y avait dans son regard une sorte de menace, quelque chose comme de la haine.
»—Isabelle! fis-je en lui saisissant les mains.
»Elle se dégagea lentement, toujours sans prononcer un seul mot; puis tout à coup, comme si une pensée bizarre eût traversé son cerveau, elle poussa un bruyant éclat de rire et s'enfuit.
»Avant que je fusse revenu de ma stupeur, elle avait disparu. En vérité, j'étais frappé en plein cœur d'un de ces mystérieux pressentiments qui vous tenaillent et vous causent une horrible et sourde souffrance. Je courus à mon atelier. Elle n'était pas encore revenue.
»—C'est un caprice, me disais-je en essayant de me rassurer.
»Une heure, deux heures passèrent. Elle ne paraissait pas.
»Vers midi, un étranger se présenta chez moi.
»C'était un Anglais, lord S...
»—Monsieur, me dit-il avec ce léger accent qui, en ralentissant la phrase, la rend plus froide et plus mesurée, combien voulez-vous me vendre votre tableau?
»Vendre mon tableau! vendre cette œuvre où j'avais mis tout mon cœur et toute ma vie! Ah! en vérité, à mon tour, j'éclatai de rire.