»—Je ne vends pas mon tableau, répondis-je sans même réfléchir à l'inconvenance de mon attitude.
»Lord S..., sans se départir de son flegme, plongea sa main dans la poche de son paletot et en tira un portefeuille.
»—Monsieur, reprit-il, je suis riche, très-riche. Fixez vous-même le prix de cette toile, et je l'accepte sans discussion...
»Redevenu maître de moi-même, je répondis plus calme:
»—Excusez-moi, monsieur, si je n'accueille pas avec la reconnaissance prévue par vous les offres que vous voulez bien m'adresser. L'artiste vous remercie, mais l'homme ne peut que vous répéter ce qu'il vous a dit tout à l'heure: Je ne vends pas ce tableau...
»—Et pourquoi?
»Il promena ses regards autour de lui. Pour être plus confortable que celui de mes jeunes confrères, mon atelier n'offrait cependant pas ce luxe sérieux et grave que comporte une grande fortune. Donc, il s'étonnait que je refusasse cette fortune peut-être. Je compris sa pensée:
»—Votre bienveillance, monsieur, a droit, en effet, à une explication. Si je refuse de vous vendre ce tableau, ce n'est pas, croyez-le bien, pour obtenir de vous des concessions par un moyen indigne d'un artiste qui se respecte lui-même. Un intérêt spécial, ou plutôt un sentiment profond fait un devoir pour moi de la conservation de cette toile.
»A ces paroles, je remarquai que mon interlocuteur pâlissait légèrement.
»—Deux mille guinées, dit-il.