»A mon insu, les deux noms: Isabelle et lord S... se heurtaient dans mon cerveau, comme si entre ces deux êtres, qui cependant ne devaient même pas se connaître, eût existé quelque lien mystérieux.

»Penché vers la porte, j'écoutais, j'attendais que résonnât sur le palier le doux et charmant bruit de ce pas qui si souvent avait fait battre mon cœur.... La journée se passait. Et toujours j'étais seul.

»J'essayai de me dominer, de raisonner. En vérité, j'étais un enfant. Son absence, quoique un peu prolongée, s'expliquerait par les motifs les plus simples.

»Puis, sans savoir ce que je faisais, je pris mon chapeau et je m'élançai dehors. Où allais-je? Est-ce que je le savais? Est-ce que je me le demandais seulement? Je voulais la chercher, la trouver. Peut-être avait-elle été victime de quelque accident. Ah! cette pensée me fit tant de mal que je compris que, si elle était morte, je ne pourrais pas lui survivre...

»Fou! dix fois, cent fois fou! Ah! vous ne savez pas tout encore. J'étais allé chez tous mes amis. Après tout, Isabelle pouvait avoir contre moi quelque grief ignoré, qu'elle était venue confier à quelqu'un de mes camarades. Et lorsque j'arrivais devant la porte, je m'arrêtais avant de frapper, prenant mon cœur à deux mains pour l'empêcher d'éclater.

»—Isabelle est ici? m'écriais-je avec une sorte de certitude.

»On me regardait. Ma physionomie traduisait une angoisse que mes amis traduisaient en jalousie. Jaloux, moi! Ah! j'y songeais bien! La pensée d'une faute de mon Isabelle n'avait même pas effleuré mon esprit. Je la respectais, je la vénérais, en un mot, je l'aimais; donc, je croyais en elle.

»Quand j'eus en vain questionné tous ceux qui auraient pu l'avoir rencontrée, je revins chez moi, hâtif, désolé, et cependant cette espérance me restait, la dernière!

»Si elle était là! Si elle m'attendait!

»Rien!