»—Hâte-toi donc! marche! marche!

»Au moment où j'entendis cliqueter le ressort qui prend la sonnerie, toute mon âme se suspendit à cette sonorité que j'attendais.

»Midi! Et à peine le douzième coup s'était-il éteint dans la prolongation de l'écho argentin que j'entendis la porte s'ouvrir.

»D'un élan, je me redressai... je regardai...

»Et je poussai un cri de surprise, presque d'épouvante...

»Isabelle venait d'entrer.

»Et cependant, je ne courus pas à elle. Il me sembla qu'une force plus grande que ma volonté me clouait au sol. Elle était là, debout, immobile, drapée dans un costume de satin noir qui modelait son buste et son corps tout entier, pâle et blanche dans cette gaîne sombre. Ses cheveux tordus lui faisaient comme un diadème sinistre. Son regard était fixe, dur: oui, c'était cet éclair qui, la veille, avait éclaté sous ses cils de soie et qui maintenant restait à l'état de lueur continuelle.

»D'un geste inconscient, je lui fis signe d'avancer.

»Elle vint à moi, et alors, sur ce visage charmant qui pour moi avait reflété toutes les joies de ma vie, de ma jeunesse enthousiaste, je ne vis plus que les lignes immobiles d'un masque de marbre.

»Triomphant enfin de l'espèce de stupeur qui pesait sur moi et enchaînait tout mon être, je prononçai son nom. Mais ma voix se perdit dans un sanglot.