»Oui, j'attendais encore cette misérable, tandis que ma mère, qui s'était tuée pour moi, se tordait les mains et m'appelait! C'est hideux!... mais je me confesse... et j'étais ainsi oublieux du bien et rivé au mal...

»Et le combat fut long, douloureux.... Je n'en suis que plus coupable. Encore je ne savais rien...

»Il me restait quelque argent. J'avais touché, quelques jours auparavant, le trimestre de la pension de six mille francs—je ne sais comment elle avait fait, la chère martyre—que me servait ma mère...

»Je courus à la poste, et, deux heures après, les chevaux m'entraînaient sur la route de la petite ville de G...

»C'est à n'y pas croire. Avant de quitter mon atelier, j'avais, dans un petit tiroir où naguère Isabelle plaçait des objets à mon usage, déposé un billet qui contenait ces mots:

«Attends-moi, je t'aime!...»

»Cependant, lorsque, lancé sur la route, à travers la nuit, j'entendis grelotter les sonnettes tintant au cou des chevaux, lorsque je me sentis environné d'ombre, il se fit en moi un singulier revirement...

»Métamorphose subite et, hélas! passagère! j'oubliai cette passion qui me tenait à l'âme comme un bandit saisit un passant par le cou, et tous mes souvenirs affluèrent à mon cerveau, retraçant une par une les scènes du passé...

»Je revis mon père qui, d'un pas lent, baissant son front chargé d'étude, regagnait son cabinet après nous avoir donné, à ma mère et à moi, le baiser d'adieu. Il s'enfermait et je savais qu'il travaillait, toute la nuit, disputant au repos chaque heure, chaque minute...

»Mon père!... Voyez à quel point la vie fiévreuse que je menais avait oblitéré ma conscience.... Je ne me souvenais même plus des dernières lettres de ma mère...