—Vous ne m'avez pas fait votre confession tout entière.

—Moi!...

—Cette passion qui remplit votre être n'est pas la seule qui vous domine; il en est une autre, plus profonde, plus âpre encore, et qui atteint en vous jusqu'aux sources de la vie.

—Expliquez-vous! Cette passion?...

—C'est l'amour de l'or, c'est la passion de la richesse, c'est l'ambition affolée et sans limites.

Elle baissa la tête sans répondre.

—Vous êtes riche, continua-t-il en regardant autour de lui, comme si ses yeux cherchaient à percer l'épaisseur des murailles pour supputer le chiffre de cette fortune.

Un frémissement agita le corps de la courtisane: car Mancal l'avait bien jugée.

Que de fois, seule, alors que tout bruit s'était éteint autour d'elle, cette femme, lasse des hommages dont elle avait été accablée, s'enfermait dans le boudoir mystérieux que nous avons décrit au début de ce chapitre, et là, prise d'une sorte de fièvre, elle ouvrait les coffrets, les cassettes, et, plongeant ses mains de marbre dans l'or et les pierreries, elle les égrenait entre ses doigts comme des gouttes d'eau, frissonnant au tintement de l'or, éblouie par le rayonnement des diamants.

Passion maladive, monomanie étrange qui s'emparait de son être tout entier, faisant vibrer ses fibres les plus secrètes.