—Vous êtes riche! avait dit Mancal, eh bien, si vous consentez à m'obéir, à m'aider dans la tâche que j'ai entreprise, je décuple, je centuple cette richesse!

La duchesse s'était redressée, et maintenant, les yeux fixés sur le visage de l'homme d'affaires, elle attendait.

—Vous me comprenez bien, reprit-il: ce que je vous propose, c'est un pacte, c'est une association complète, absolue, dans laquelle chacun de nous mettra au service de l'autre ses forces et sa puissance.

—Sa puissance! interrompit le Ténia.

—Ah! ce mot vous étonne, surtout quand il est prononcé par M. Mancal, un homme d'affaires qui, à vos yeux, n'a d'autre valeur que celle d'un manieur d'argent! Eh bien, si vous, duchesse de Torrès, vous êtes forte par votre beauté, par votre intelligence, par votre fortune, l'humble agent Mancal tient dans sa main, lui aussi, un pouvoir qui peut lutter contre toutes les énergies humaines.

Il s'était levé, et sur sa physionomie éclatait ce rayonnement sinistre qui le transfigurait. Sous le masque de Mancal perçait le Roi des Loups.

—A nous deux, continua-t-il d'une voix vibrante, nous pouvons dompter le monde, car nous sommes le Mal! Vous êtes la beauté fatale et cruelle, je suis la haine lente et sûre! Prenons nos ennemis corps à corps, nous les contraindrons à crier grâce; mais, sans pitié, nous les frapperons à mort!

Il eut un geste d'une effrayante violence.

—Vous avez raison, murmura le Ténia. Je veux rejeter à la face de cette société hypocrite les outrages dont elle m'a abreuvée. Mais cette richesse dont vous me parliez tout à l'heure?...

—Je vous la donnerai. Mais répondez-moi: Êtes-vous prête à accepter les conditions que je veux vous dicter?