Celui-ci passait sa main rude sur la tête velue de l'enfant, et répétait, adoucissant sa voix rauque:

—Tout à l'heure!

Puis ils partaient. La barque, lancée, sautait sur les vagues qui la secouaient comme un jouet.

Le père était pensif, sachant quel était le danger, songeant à la mère, qui attendait et le mari et le fils, et aussi le prix de la pêche.

Bartholomé, assis sur les cordages, riait aux coups de lame. Insouciance du danger, ignorance du travail. Cet enfant était solide, carré des épaules avec des bras énormes pour son âge. Le père ne voulait pas qu'il lançât les lourds filets. Il lui plaisait de travailler seul pour la famille.

On vivait mal, d'ailleurs. La concurrence était grande et le salaire peu élevé. Le père Diouloufait ne se plaignait pas. Moins de répit, plus de travail: il acceptait cela comme juste et nécessaire.

Un jour,—Bartholomé avait alors douze ans,—ils partirent. Le ciel était noir, et sur la mer c'était un brouillard tellement épais qu'on ne distinguait pas la crête blanche des vagues.

Le père Diouloufait n'avait pas voulu renoncer à la pêche, d'autant plus que le lendemain était jour de fête et que la vente promettait d'être bonne.

En vue de l'île du Grand-Ribaud, qui n'est séparée de Porquerolles que par un détroit large de quelque dix mètres,—ce qu'on appelle dans le pays une rue de mer,—la barque fut prise en flanc par une énorme lame qui la jeta contre le roc.

On entendit un craquement sinistre.