Puis la barque s'enfonça et disparut.

Une tache noire resta sur le flot. Cette tache était double. C'était le père Diouloufait qui avait saisi l'enfant par la ceinture et qui nageait, le soutenant à fleur d'eau.

Lutter contre la mer est horrible. Mais ici, la mer n'était pas seule. Elle se doublait de la nuit. La brume s'alourdissait, toujours plus épaisse, sur cet homme qui combattait plus encore pour la vie de son fils que pour la sienne propre.

Et plus encore pour la mère qui, là-bas, toute seule, dans sa masure battue par le vent, pleurait en écoutant les hurlements de la tourmente.

Bartholomé avait peur. Seulement, sentant contre ses côtés la main de son père, il se rassurait un peu et s'aidait même autant qu'il le pouvait.

L'autre—presque un vieillard—haletait de fatigue et de désespoir. Il n'avait pas cherché à atteindre l'île. Il avait senti le courant se heurter à sa poitrine et avait deviné la mort certaine.

Donc, il avait tendu vers la rive.

Et chose épouvantable, il faisait cela sans espoir.

Il se savait robuste, cela est vrai. Mais aussi il connaissait la distance, et, dans son cerveau surgissait sans cesse cette pensée que cette distance était infranchissable.

Martyrs de la mer! qui pourra jamais analyser les effroyables tortures qui vous étreignent!