Il se savait perdu quand même, et il nageait. Son bras, lancé comme un levier de fer, fendait le flot qui résistait. Il allait cependant. Il sentait qu'il gagnait du terrain.
Mais déjà ses muscles se raidissaient: il y avait dans ses mouvements un automatisme qui présageait la lassitude décisive.
Cela dura longtemps. Et cependant le père Diouloufait ne coulait pas. Non, il semblait que sa volonté eût un but fixe, au bout duquel elle dût se briser. Ce fut ce qui arriva.
Il vit la rive, aperçut dans le lointain les lumières qui éclairaient les huttes des pêcheurs... la sienne peut-être....
Il réunit toutes ses forces, se lança encore.
L'enfant cria:
—Père! La terre! la terre!...
Alors, comme si c'eût été un signal attendu, le père ouvrit ses doigts crispés à la ceinture de son fils, poussa une sorte de râle... et, debout, à pic, tomba dans le gouffre, qui se referma sur lui....
L'enfant, sauvé, se traîna jusqu'à la masure.
Quand la mère le vit seul, elle eut un mouvement de rage. Elle aimait Diouloufait, si rude et si bon! Elle prit son enfant dans ses bras, le serra avec force contre sa poitrine, et, montrant le poing au ciel, elle cria: