—Il faut le venger!
—De qui?
—De tout le monde.
Ce qu'elle voyait, cette femme, c'est que la misère avait tué son mari, et que cette misère était l'œuvre de la société. Elle ne raisonnait pas. Elle était folle, folle de haine et de désespoir.
De fait, on disait dans le pays que cette catastrophe avait troublé sa raison. Tout semblait le prouver. Dès le lendemain de la mort de son mari, elle vendit la barque, les engins de pêche et jusqu'à la masure que le pauvre homme avait construite de ses propres mains.
Puis elle se mit à errer dans le pays, mendiant, traînant par la main le petit Bartholomé, qui ne comprenait rien à ce changement d'existence et regrettait la mer.
De la mendicité au vol, la distance est courte.
Bientôt, la veuve Diouloufait devint la terreur de ses voisins.
Cependant, comme ils étaient bons et qu'ils la plaignaient d'être seule et malheureuse, ils se contentaient de se barricader chez eux, de cacher les quelques sous péniblement gagnés, de veiller sur leurs poulaillers.
Mais la Dioulou—comme on l'appelait—ne se rebuta pas.