A l'époque où se passaient les scènes que nous retraçons, il y avait de cela deux ans.

Biscarre fut mal accueilli par ses compagnons de bagne. Ses allures déplaisaient. De fait, il affectait un profond mépris pour ceux dont la justice humaine le contraignait à subir l'odieux contact.

Il leur était évidemment supérieur en toutes choses, n'ayant ni leur grossièreté, ni leur ignorance.

Il avait été condamné, disait-on, pour tentative d'assassinat, mais nul ne savait au juste dans quelles circonstances le fait s'était produit. Aux premières questions, Biscarre avait répondu par des insultes. Une sorte de conspiration s'était alors ourdie contre lui.

Les anciens du bagne avaient fait courir le bruit que Biscarre était un faux forçat, un mouton (mouchard) envoyé par la police pour trahir les secrets des camarades.

Parmi ces déshérités de l'intelligence et de la conscience, le soupçon germa vite, et le crime suit de près la conception. Il fut décidé que Biscarre mourrait.

On eut recours au sort pour désigner ceux des forçats qui devaient se charger de l'exécution.

Diouloufait se trouva au nombre des bourreaux désignés. On savait que sa force était énorme, et il devait avoir facilement raison de Biscarre, dont la taille était peu élevée et que les privations—et peut-être les souffrances morales—avaient amaigri et sans doute affaibli.

Le plan du meurtre avait été combiné de la façon suivante:

Les forçats au milieu desquels devait s'accomplir ce drame horrible étaient enfermés dans les bagnes flottants ou pontons. Ils couchaient sur le plancher des batteries.