A sept heures du soir, en hiver, le garde-chiourme donnait, par un coup de sifflet, le signal de la prière; puis un second coup retentissait, et à partir de ce moment le silence le plus complet devait régner parmi les condamnés jusqu'au soleil levant.
Il avait été décidé que le meurtre de Biscarre serait exécuté au moment où sonnerait minuit, après la ronde qui d'ordinaire précédait cette heure de quelques minutes. Les assassins devaient se saisir de Biscarre et, sans bruit, le jeter par-dessus bord. On comptait sur la force de Diouloufait pour étouffer ses cris, en le tenant à la gorge.
Il était de règle que les forçats occupassent chaque nuit la même place, une fois désignée.
Cette fois, Diouloufait et ses deux complices avaient trouvé le moyen de se glisser aux côtés de Biscarre, qui, d'ailleurs sans soupçon, ne devinait rien et s'était endormi d'un profond sommeil.
La ronde passa.
Les forçats étaient immobiles. Rien de particulier n'attira l'attention des surveillants, qui s'éloignèrent.
Alors quelques mots furent échangés à voix basse, et les trois hommes se préparèrent à achever l'œuvre de mort. Ils étaient parvenus jusqu'à Biscarre sans qu'il se réveillât.
Tout à coup, la main puissante de Diouloufait s'abattit sur son cou, tandis que les deux autres le saisissaient aux bras et aux jambes.
Biscarre s'éveilla brusquement, et un râle sourd s'échappa de sa gorge. Mais le son s'arrêta sous la pression terrible.
Ses yeux grands ouverts virent à la lueur douteuse de la nuit les assassins penchés sur lui.