Au premier étage, les hautes fenêtres se dessinaient dans la façade de pierre, éclairées d'un reflet rougeâtre, tandis que le son des instruments, sonnant joyeusement, éveillait les échos de la rue silencieuse.
Puis, tout au faîte de cette même maison, à une sorte d'œil-de-bœuf s'arrondissant sur la déclivité du toit, on distinguait, comme une étoile obscurcie par un nuage, un point lumineux qui s'échappait d'une lampe fumeuse.
C'est d'abord dans cette mansarde que nous pénétrerons.
La mansarde! nos pères l'ont chantée. Et elle apparaît à notre imagination, éclairée par les rayons du soleil levant, égayée par la jeunesse et l'espérance, avec son jardinet penché sur la gouttière et ses fleurs qui s'ouvrent aux premières effluves du printemps....
O poëtes! c'est là le rêve, mais voici la réalité.
Quatre murs à peine crépis, laissant voir sous le plâtre qui s'effrite la charpente du toit: le plafond qui se baisse comme pour écraser lentement, l'air qui manque, la lumière avarement mesurée, la fenêtre mal fermée et craquant au vent d'hiver qui la secoue....
Pour mobilier, un grabat gisant à terre comme un mendiant de Goya dans ses haillons, une table couverte de papiers, de dessins inachevés; sur un chevalet boiteux, une toile ébauchée.
Et au milieu de ce désordre misérable, un homme affaissé sur une chaise de paille, s'enveloppant dans une mauvaise couverture sous laquelle il frissonne.
L'homme était jeune, vingt-cinq ans à peine.
Une forêt de cheveux noirs et bouclés couvrait son front large, ses traits, amaigris par la souffrance ou par l'excès de travail, avaient une remarquable finesse. Sa bouche, aux lèvres pâles, était contractée par le sourire d'une douloureuse ironie....