A ce moment, le bruit des instruments, montant de l'étage inférieur, lui apporta, vibrante et joyeuse, la mélodie d'une valse.

Il se leva brusquement.

—Assez! murmura-t-il. Je ne puis plus, je ne veux plus souffrir... puisque la vie ne veut pas de moi; puisque, alors même que j'éprouve toutes les tortures du froid et de la faim, elle me jette ses échos de bonheur comme une dernière insulte, j'irai chercher dans la mort un refuge suprême....

Il s'approcha de la toile ébauchée, et prenant sa lampe entre ses doigts amaigris:

—Et pourtant, continua-t-il, que de fois j'ai rêvé, moi aussi, au bonheur... à la gloire!... que de fois, dans la fièvre du travail, j'ai aperçu dans un lointain mirage l'avenir qui me souriait.... Allons! n'y songeons plus! il faut en finir....

Il revint vers la table, et écartant quelques papiers, il prit un manuscrit sur lequel se détachaient ces deux mots: Mon Histoire.

Sans plus prononcer une seule parole, il roula les feuilles dans une large enveloppe, la serra au moyen d'un ruban, puis, au point de jonction, il appliqua un large cachet de cire noire.

Prenant alors une plume, il écrivit ces lignes:

«Vous qui avez trouvé mon cadavre, je vous lègue ce manuscrit. Puisse-t-il vous servir d'exemple et vous inspirer quelque pitié pour celui qui est mort, las de la lutte et de la souffrance...»

Il plaça le rouleau bien en vue.