Un laquais frappa à la porte et lui présenta sur un plateau de vermeil la lettre du duc de Belen.

Elle la prit insoucieusement et la jeta sur un guéridon. Elle la lirait plus tard. Mais voici que, regardant l'enveloppe, elle reconnut l'écriture du duc. Elle avait à peine entendu ce que lui avait dit le laquais tout à l'heure.

Le duc de Belen!... ah! celui-là aussi l'avait aimée. Seulement, c'était un esprit froid et positif. Il avait rapidement compris que le Ténia ne lâchait plus la proie qu'on lui abandonnait, et un jour il avait dit à la duchesse:

—Je ne veux pas être votre amant!... Je serai votre ami!

Elle l'avait admiré pour cette force qui n'était, en somme, que de l'habileté raisonnée.

D'ailleurs, elle se souciait peu de lui.

Pourquoi lui écrivait-il?

Tout à coup un nom monta à ses lèvres: Jacques!

Et, d'une main fébrile, elle déchira l'enveloppe. Elle lut les lignes tracées et poussa un cri terrible.

C'était comme une révélation. A l'annonce du malheur qui frappait Jacques, une sorte de déchirement se faisait en elle. Chassé! il l'avait chassé! Lui, ce misérable! cet assassin! il s'était arrogé sur un autre le droit de haute justice! et sur qui? sur le seul homme qu'elle, Isabelle la courtisane, eût regardé avec une émotion involontaire!