A ce mot: le panier à salade! qui le replongeait dans les angoisses de la réalité, le misérable Diouloufait ne put réprimer un frisson. C'était la lutte qui commençait, ce combat du criminel contre la société, où le coupable est toujours brisé.
Dioulou se souleva sur ses poignets, et regarda la salle de l'infirmerie. Quel calme!... les murs, blanchis à la chaux, semblaient appartenir à un cloître, et les rideaux blancs tombaient avec des plis calmes. Il s'était habitué à ce repos, qui était un apaisement. Et maintenant il avait compris. Il n'était plus l'homme dont la science défend la vie; il redevenait le bandit que la société avait le droit de tuer.
Un singulier nuage passa devant ses yeux: il revit cette scène terrible dans laquelle il avait perdu son père, alors que le vieux pêcheur s'était sacrifié pour sauver son enfant.
Maintenant il était seul; nul ne pouvait ni ne voulait le tirer de là. Bah! à quoi bon, d'ailleurs? fini, fini....
Il se tourna vers le chirurgien et lui dit:
—Monsieur, vous avez été bon pour moi, je vous remercie... Je vous obéirai....
Un instant après, au bureau de l'infirmerie, on donnait reçu du prisonnier, et soutenu par les agents, qui lui avaient passé les menottes, il descendit l'escalier.
La porte s'ouvrit: une bouffée d'air frais le saisit au visage; mais il vit devant lui la porte sombre de la voiture. On le poussa, et il tomba sur le banc. Puis le panneau retomba avec un bruit de ferraille. La voiture s'ébranla.
Dioulou eut pour la première fois le sentiment exact de sa situation. Il n'avait pas, depuis de longs jours, songé à ceci, c'est qu'il allait comparaître devant un magistrat, qu'il serait interrogé et qu'il lui faudrait répondre.
Quelles accusations allaient être portées contre lui? Est-ce qu'on savait tout?... Tout!... Il frémit de tout son être. Il avait volé, il avait tué! oui, tué!... il éprouva une terreur subite. Déjà il sentait qu'il n'aurait pas le courage de nier.