Le ki! ki! devenait plus strident; c'était comme un appel de clairon. A l'assaut! et voilà qu'aux mollets, aux genoux, aux cuisses, au torse, aux bras, aux épaules, les rats, turcos enragés, grimpaient, agiles et féroces.
La lutte prenait alors des proportions épiques. Muflier se secouait avec fureur; de ses mains crispées il arrachait les bêtes aux dents aiguës, et ses vêtements se déchiraient, ouvrant à leur voracité des échappées radieuses.
Goniglu se roulait à terre, écrasant les animaux sous son poids, comme ces larges roues de fonte qui servent aujourd'hui à aplanir les routes.
Puis tout à coup: ki! ki!... on sonnait la retraite. Pourquoi? Quel stratégiste inconnu jetait dans l'air ce signal nouveau? Mystère! Mais, sans hésiter, les assaillants, se reformant en colonnes, s'enfuyaient ou plutôt se repliaient en bon ordre, selon l'immortelle expression du général Trochu.
Et voilà plusieurs jours que durait ce supplice!
Oh! que bien loin s'étaient envolées les joies de l'hôtel de Thomerville! Où étaient les chauds-froids de volaille et les suprêmes d'ananas? Où les Saint-Émilion première et les Clos-Vougeot de 1847? Où les draps fins et les meubles du bon atelier?... où le bonheur? où le repos?
Maintenant hâves, grelottants, Muflier comme Goniglu, et Goniglu comme Muflier se comparaient in petto à ces malheureux que la justice, ou plutôt l'injustice féodale précipitait dans les in pace.
Goniglu avait été beau, disons le mot, sublime. Pas une fois il n'avait reproché à Muflier les titillations passionnées qui l'avaient arraché à sa couche et l'avaient déterminé à courir la pretantaine.
Goniglu se révélait comme fataliste. Cela était parce que cela devait être.
Cela! mais quoi? voilà bien ce qu'il y avait de plus terrible.