Être torturé, écartelé, pendu, ce n'est pas toujours agréable. Mais ne pas savoir ce qui vous menace, sentir l'épée suspendue au-dessus de sa tête, et ignorer si c'est un espadon, un sabre, un cimeterre ou une dague! Voilà qui est sinistre!
Or, en vain les deux amis avaient mis leur esprit à la torture. Certes le premier nom qui leur était venu à l'esprit était celui de Biscarre; mais ils le connaissaient.
Le roi des Loups avait toutes les brutalités, toutes les violences. Il n'était pas homme à résister à sa colère. S'ils eussent été en son pouvoir, il se fût déjà présenté pour leur jeter leur crime à la face, il les aurait déjà tués!
Mais «qui? qui?» s'écriaient-ils, faisant concurrence aux rats.
Ce n'était pas qu'ils n'eussent tenté quelque chose pour obtenir des renseignements. Mais ce quelque chose était bien peu.
Chaque jour—le matin ou le soir—il leur eût été bien difficile de le dire, car, selon le mot du poëte,
C'est toujours la nuit dans le tombeau,
chaque jour, disons-nous, un certain bruit se faisait entendre: quelque chose s'ouvrait; alors, dans l'ombre à laquelle leurs yeux s'habituaient comme les prunelles des félins, Muflier et Goniglu voyaient apparaître dans l'air une ligne noire qui se balançait.
C'était un bâton flexible au bout duquel était fiché un pain noir.
Provende de la journée.