—Au juge d'instruction, dit Diouloufait d'une voix lente, je devais mentir et j'ai menti. A vous je dirai la vérité....
Un murmure de curiosité parcourut la foule.
—Je sais où est Biscarre, reprit Diouloufait, mais je refuse de la façon la plus formelle de vous révéler ce que je sais....
Devant cette déclaration si nette, si audacieuse, les membres du tribunal s'étaient levés. En vérité, c'était chose presque incroyable qu'on osât les braver, eux qui n'avaient qu'un mot à dire pour que Diouloufait tombât sous les coups des affiliés....
—Ceci vous étonne, dit encore Diouloufait, et déjà vous vous demandez quelles tortures vous pourriez m'infliger pour me contraindre à parler. Mais, sachez-le bien, j'ai donné ma parole à Biscarre... et cette parole, je la tiendrai, nulle force humaine ne me contraindra à parler... Ne comprenez-vous pas que si j'ai pu résister à cette horrible torture de savoir que Biscarre avait tué la pauvre créature que j'aimais, je serai plus fort encore devant vos menaces ou vos mauvais traitements? Biscarre est votre roi, à vous, mais, pour moi, il est plus encore, c'est un maître que j'aime malgré tout, malgré le mal qu'il m'a fait. Seul de tous, je le connais, je sais tout ce qu'il a souffert, tout ce qu'il souffre encore. Il a eu foi en moi, et je ne tromperai pas sa confiance. Maintenant, faites de moi ce que vous voudrez.
Un grondement menaçant sortit de toutes les poitrines.
—Vous avez compris, reprit le président, ce que signifient ces mots inscrits dans nos statuts: Obtenir par tous moyens les renseignements qui nous sont nécessaires....
—Je sais que ma vie vous appartient... parbleu! prenez-la... je vous la donne.
Et Dioulou avait aux lèvres un singulier sourire de résignation....
Les juges se consultèrent.