Ne pas supposer un seul instant que le pauvre philologue fût affilié aux Loups de Paris.
De sa sinistre aventure, il ne lui était resté au coeur qu'un sentiment unique, indéracinable, un mépris profond pour l'humanité.
Il se sentait presque heureux d'être au bagne, c'est-à-dire à jamais séparé de cette société où on volait les travaux de linguistique comparée. S'il eût voulu cependant, il eût obtenu sa grâce.
L'honorable académicien, que sa première flouerie (première avec Exupère) avait mis en goût, brûlait du désir de publier un livre nouveau, quelques-unes de ces pages qui font se pâmer d'aise les patentés de la science officielle. Il avait cherché à remplacer Exupère. Mais la devise des académies est pareille à celle de Nicolet:
«De plus fort en plus fort!»
Après le travail mirifique de l'élève du curé Dosmadot, il fallait reculer jusqu'à l'impossible les limites de la science sacrée.
Mais qui en était capable? Point lui à coup sûr. Il avait eu la délicatesse de chercher longtemps, très-longtemps un nouveau secrétaire. Mais les amateurs de ces sortes d'études abondent peu. Et le savantasse avait dû s'avouer que les Exupère étaient aussi difficiles à trouver qu'une idée neuve. Alors il s'était rendu dans le cabinet du ministère. Et là, le vieux crocodile avait versé quelques pleurs sur son ex-confident.
Quelle belle âme! On avait été ému?... Des renseignements avaient été pris au bagne. La conduite d'Exupère autorisait pleinement une mesure de clémence. Alors l'académicien avait fait savoir au forçat que, s'il consentait à entrer de nouveau à son service particulier, en s'engageant à mettre à sa disposition les trésors d'érudition qu'il possédait, il pourrait recouvrer sa liberté.
Et savez-vous comment Exupère avait accueilli ces effusions d'un coeur généreux?
Il avait répondu à l'envoyé d'un savant altéré de gloire, qu'il préférait manger les gourganes toute sa vie, porter double chaîne, tomber sous le bâton des gardes-chiourmes, plutôt que de prêter les mains et le cerveau à cette infamie.