Il ne songeait pas à sortir. Pour lui l'existence tout entière se renfermait dans cette maison, tout imprégnée d'une atmosphère d'ivresse.
Parfois il s'étendait sur un sofa, devant une des fenêtres d'où l'oeil se perdait à travers l'avenue. Les yeux fixes, il ne regardait pas; il ne rêvait pas.
Alors, doucement, le Ténia s'approchait derrière lui, sur la pointe des pieds. Étendant ses bras nus, plus blancs que le marbre, elle posait ses deux mains sur sa tête, et, se penchant, le baisait au front....
Il tressaillait, comme si, pour son cerveau, cette douce pression eût été une douleur... Puis, se retournant, il la saisissait dans ses bras....
Un jour—midi venait de sonner—Isabelle était sortie. Il n'avait même pas songea lui demander où elle allait. N'était-elle pas maîtresse absolue dans cette maison? Puis son absence n'était-elle pas—sans qu'il se l'avouât—une sorte de soulagement pour lui?
Ce jour-là, il se sentait plus faible, plus absorbé que de coutume.
Étendu à la place qu'il choisissait d'ordinaire, il laissait son regard errer dans le vide....
Déjà on touchait au printemps.
Et les premiers soleils jetaient sur la route leur clarté blanche et lumineuse. Le chemin s'étendait comme un long ruban de soie.
Tout à coup, loin, bien loin, deux points noirs se détachèrent sur cette matité.