C'était Martial, le fils du savant, l'ancien amant de la Torrès, celui qui, sauvé par les frères Droite et Gauche, avait juré de consacrer sa vie tout entière à l'oeuvre du bien entreprise par le Club des Morts.

Et combien maintenant il était différent de lui-même!

Ce n'était plus ce visage pâle, creusé par les insomnies et les remords, cet oeil enfiévré d'une passion malsaine.

Il avait repris toute sa jeunesse, toute sa maturité.

Martial avait la beauté mâle, énergique, vigoureuse de l'artiste qui croit en lui et s'est créé un magnifique idéal.

Déjà il avait repris ses études, et plusieurs succès étaient venus le récompenser de ses efforts. Mais il sentait lui-même qu'il n'avait pas encore donné la mesure de toute sa valeur; depuis quelque temps surtout, il redoublait de travail et d'activité.

On eût dit qu'un but nouveau s'était imposé à lui.

En ce moment, il venait rendre compte à Marie de plusieurs actes de bienfaisance dont il avait été chargé par elle.

Tous les matins, dès l'aube, le jeune homme se rendait dans les quartiers misérables: il surprenait les douleurs inconnues, les désespoirs qui se cachent, et éprouvait une indicible joie à soulager les pauvres et les déshérités.

—Je vous laisse, dit Mathilde.