—Et cette jeune fille?

—Elle m'est apparue de nouveau, plus belle, plus douce, plus rayonnante de grâce pudique et de bonté.

—Son nom?

Martial baissa la tête et murmura:

—C'est mademoiselle de Favereye, votre fille.

La marquise tressaillit. Une pâleur rapide s'étendit sur son visage.

—Ma fille!... fit-elle.

—Oh! mais, par grâce, ne supposez pas un seul instant que j'aie abusé de votre confiance au point de laisser soupçonner, si faiblement que ce fût, les sentiments qui emplissaient mon coeur... J'ai su lui imposer silence. Jamais je n'ai levé les yeux jusqu'à mademoiselle de Favereye, et si je vous ai dit cela, c'est qu'il est de mon devoir de ne vous rien laisser ignorer. A vous, je l'avoue dans toute la sincérité de mon âme, j'aime mademoiselle de Favereye, je l'aime de cet amour saint et pur qui régénère toute une existence. Mais quelle que soit votre décision, je suis prêt à vous obéir. Il ne convient pas que je sois reçu chez vous en ami, en fils, sans que vous connaissiez mon âme tout entière. Je vous l'ai dévoilée. Maintenant, madame, à vous de me dicter vos ordres. Si vous l'exigez, je m'éloignerai. Jamais un mot ne sortira de mes lèvres qui trahisse cet amour condamné.

La marquise semblait en proie à une vive émotion. Réfléchissant, le front dans sa main, elle se taisait.

—Ah! je vous comprends! s'écria Martial d'un accent douloureux, mon audace vous blesse, et, indulgente, vous hésitez à me condamner... Oui, je vous devine!... vous n'avez pas foi en moi... n'ai-je donc pas fait ce qu'il fallait pour mériter votre confiance?...